Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905

Author: Various

Release Date: July 12, 2011 [EBook #36704]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3272, 11 ***




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L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905

Avec ce Numro:
1 UNE GRAVURE EN COULEURS
2 SUPPLMENT MUSICAL


LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


[Illustration en couleurs: GEORGES SCOTT DANS LES RUES DE LONDRES]


Ce numro contient quatre pages sur papier de luxe, non broches, et
deux supplments:
1 UNE GRAVURE EN COULEURS;
2 SUPPLMENT MUSICAL: FRAGMENTS DE MIARKA.


ILLUSTRATION _Prix du Numro: 75 Centimes._ SAMEDI 11 NOVEMBRE 1905
_65e Anne--N 3272_


[Illustration: La princesse Maud et le prince Charles de Danemark. LE
PLBISCITE DU 12 NOVEMBRE EN NORVEGE: LE ROI ET LA REINE DE DEMAIN
_Phot. W. et D. Downey.--Voir l'article, page 307._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

J'ai fait, cette semaine, un repas singulier. Nous tions cinquante
mille. C'tait la premire fois qu'il m'arrivait de rencontrer  table
tant de visages inconnus. Djeuner fort honorable au surplus: menu de
mets froids, proprement aligns le long de mille nappes blanches et
consomms dans la poussire et le tapage, parmi le bruissement aigu de
cinquante mille assiettes remues. Je ne souponnais pas que la galerie
des Machines pt si commodment servir de salle  manger  la population
d'une grande ville; et je n'oublierai jamais la pittoresque et presque
mouvante tranget de la double procession qui, sous un ciel pluvieux,
nous conduisit l. Deux cortges: deux vivants rubans de foule dploys,
des Tuileries au Champ de Mars, de chaque ct du fleuve; puis
rapprochs, ramens par une marche savante autour de l'troite loggia de
toile grise d'o nous envoyait le bonjour, en riant, un petit homme 
barbe blanche. _Vive Loubet!_ L'arme des Mutualistes avanait
doucement; un tumulte de musiques et de cris l'enveloppait. Et, de
nouveau, l'on vit les deux rubans se disjoindre, filer en deux lignes
parallles,  travers la boue, vers l'norme btisse de fer et s'y
engouffrer--comme happs par les deux mchoires de quelque engrenage
monstrueux.

C'est par un journal parisien que fut organise cette agape folle et
c'est  l'initiative d'un autre journal que les cinquante mille convives
du premier durent de voir s'ouvrir gratis, pendant cet aprs-midi de
dimanche,  leur joyeuse cohue, une demi-douzaine de concerts et de
thtres du boulevard.

La furieuse concurrence que se font ici quelques gazettes a donn
naissance  un journalisme nouveau, d'une espce trs particulire, et
qui ne ressemble en rien  celui d'autrefois. La politique pure y tient
peu de place; la littrature et les arts, moins encore; et telle
feuille n'a d sa grande vogue qu'au parti pris d'intervenir (utilement
quelquefois) en toutes sortes d'affaires qui ne la regardaient point.
Tous les matins, j'ouvre avec une curiosit gourmande le journal qu'on
m'apporte et je pense: Qu'ont-ils trouv d'amusant aujourd'hui? Je
suis rarement due; mon journal a presque tous les matins trouv
quelque chose. Il institue des concours sportifs, athltiques ou
littraires; il donne des ftes, il lance des bateaux, patronne des
ascensions, me fait  chaque instant de petits cadeaux que je ne lui
demande pas; mme il ne lui dplat point de suppler de temps en
temps, par sa propre action,  l'indolence de l'action publique; il
s'arme de pioches pour dmolir une palissade que l'tat n'abat point
assez vite et, si je me plains  lui que les bureaux de poste de mon
quartier soient malpropres, il y dpche ses garons, avec des plumeaux
et des balais.

Nous aurions mauvaise grce  critiquer ces moeurs nouvelles; elles sont
le fruit de notre scepticisme. On nous sait devenus presque insensibles
 l'attrait des graves controverses; on comprend que nous voulons tre
amuss--au besoin pats--plutt qu'instruits; et que dpenser
beaucoup de talent  dfendre simplement, une fois par jour, deux ou
trois ides qu'on croit justes n'est pas un suffisant moyen de garder
fidle autour de soi la foule qui vous lit. Alors on se proccupe de
divertir cette foule, de lui plaire, de la faire rire; d'aguicher, par
des moyens violents, sa curiosit nonchalante; d'opposer  la parade
d'en face, qui l'attire, une parade encore plus sduisante qui la
retienne. Et tout cela est de trs bonne guerre.

                                   *
                                  * *

Promenade aux serres du Cours-la-Reine: une promenade d'automne,
dlicieuse, un peu mlancolique. Les chrysanthmes convient Paris  leur
rendre visite; c'est leur semaine; et dj les voil qui penchent
vers le gazon des plates-bandes leurs chevelures fatigues. Mais je les
aime ainsi. Mme un peu fanes--et comme lasses d'avoir reu tant de
monde depuis huit jours--les orgueilleuses fleurs sont encore belles;
droites sur leurs tiges, elles me font penser  ces matresses de maison
qui n'avouent pas leur migraine et gardent le sourire aux lvres tant
que leur dernier invit n'est pas parti. Et puis, ces fleurs
m'intressent par ce qu'il y a en elles de symbolique. En leur donnant
la beaut, la nature leur a refus le parfum; en sorte que la foule les
admire, sans les aimer beaucoup; elle va les regarder une fois par an,
comme elle va voir passer, en des quipages somptueusement attels, le
jour du Grand Prix, des femmes trs lgantes et trs belles que la vie
ennuie et qui, du haut de leur splendeur inutile--la beaut sans parfum
des chrysanthmes--envient le bonheur plus simple et plus sr de celles
qui vont  pied. Et c'est ainsi que, peut-tre, les hautains
chrysanthmes, s'ils avaient une me, envieraient, aux serres du
Cours-la-Reine, les humbles petites fleurs, les pommes et les poires si
modestement alignes loin de leurs plates-bandes, et dont la bonne odeur
flottait tout  l'heure dans l'air tide, autour de nous.

                                       *
                                      * *

... Visite au Salon des gravures en couleurs, rue de Sze. La saison est
 peine commence, et voil la deuxime exposition d'art,  ct du
Salon d'automne, o nous sommes invits chez Petit. Et deux autres
encore nous taient annonces, dans la mme maison, pour cette semaine;
et cela continuera ainsi jusqu'au printemps.

Je m'en rjouis. Nul coin de Paris ne me semble plus propice  la
contemplation tranquille d'une oeuvre d'art. Un long vestibule
silencieux, sobrement dcor, dans le demi-jour duquel l'oeil distingue,
au long des murs, des aquarelles, des gravures qu'on a vues dj et qui
semblent vous accueillir comme de vieilles connaissances: Entrez
donc, madame; vous tes chez vous. Quelques marches de marbre 
monter; au palier, le salut dfrent d'un gardien qui parle bas, comme
au seuil d'un appartement o il y aurait un malade; et la salle, la
longue salle rectangulaire o, du plafond vitr, tombe une lumire
douce. On n'entend qu'un murmure de voix. Sur d'pais tapis s'amortit le
bruit des pas. Le long des cimaises de chne et des tentures rouges o
les cadres sont disposs, des gens vont et viennent,  pas lents, comme
recueillis. Et les femmes surtout, dans ce dcor d'lgance intelligente
et de paix, sont pour une trangre si intressantes  observer. Je me
suis pos un jour cette question: Vers quelle heure et en quel lieu
la Parisienne rencontre hors de chez elle est-elle le plus gentille?
Pour la surprendre en la plnitude naturelle de sa grce, o faut-il
aller?

J'ai trouv: il faut la suivre, entre trois et cinq heures, un jour
d'exposition, tandis qu'elle regarde des tableaux. Elle est si joliment
habille! Jamais, ce me semble, la modiste et le couturier n'ont combin
plus heureusement que cette anne les formes propres  faire valoir
l'lgance de sa ligne. Sur la jupe de drap fonc, molle et tranante,
la longue tunique, trs ajuste, moule exactement les hanches souples,
un peu plates, et le buste aminci o la sobre dcoration du
corsage--noeud de dentelle ou bouquet--met une note claire. Le chapeau,
menu, joliment fleuri, trs en l'air, dgage  souhait la ligne de la
nuque et des tempes; suspendu ngligemment et comme panoui autour des
paules, un peu bas, le boa de fourrure y dessine une sorte de
dcolletage dlicieux. Elle marche... et presque toujours elle marche
bien. Le poignet gauche appuy  la hanche, elle promne au long des
cadres accrochs, d'un geste un peu pdantesque et ddaigneux, le
face--main d'caille,  longue tige. Elle s'arrte, prend un recul,
observe, puis s'esquive, et puis revient; elle voudrait fixer sa
prfrence, trouver l'oeuvre de son choix, s'prendre violemment de
quelque chose, ou faire semblant; et dans cette diversit
d'attitudes--curieuse de tout, attentive  tout, mue, amuse ou choque
d'on ne sait quoi--elle apparat comme un vivant pome de grce lgre;
elle est la Parisienne, c'est--dire l'aquarelle que, dans une
exposition de tableaux, les hommes regardent avec le plus de plaisir...

SONIA.



LE NOUVEAU MAIRE DE LYON

M. douard Herriot, qui succde  M. Augagneur  la mairie de Lyon, n'a
que trente-trois ans. Sorti de l'cole normale en 1894, il occupa la
chaire de rhtorique au lyce Ampre,  Lyon, puis professa  la Facult
des lettres. Au mois de fvrier de cette anne, il a conquis le doctorat
avec une thse remarquable que _L'Illustration_ signalait rcemment:
_Mme Rcamier et ses amis_. C'est donc--le fait n'est pas banal--un
universitaire de valeur, un fin lettr, que la seconde ville de France
vient de se donner pour maire.

[Illustration: M. douard Herriot.--_Phot. Bioletto._]



NOTRE GRAVURE HORS TEXTE

"DANS LES RUES DE LONDRES" Par Georges Scott

Nous sourions, d'un sourire entendu,  la fois, et indulgent,  voir
passer un beau dimanche Pitou, timide et gauche, cte  cte avec sa
payse que la grand'ville a dlure. Pourquoi? On n'y met pas, 
Londres, autant de malice, et quand, d'aventure, on croise, ft-ce entre
chien et loup,  l'heure o les rverbres commencent  clignoter dans
la brume rousse, un couple comme celui-ci,--lui, le _sweetheart_,
gigantesque et rbl, sous la veste rouge des _horse guards_, le petit
calot sur l'oreille cavalirement, la jugulaire  la lvre; elle, sa
_girl_, femme de chambre, petite ouvrire, trottin, comme nous
dirions, frle et menue;--silencieux tous deux, leurs yeux, d'un bleu
ingnu de myosotis, vides, sans pense, on les suit d'un regard assez
indiffrent. Car on sait trs bien que sans doute nulle ide dshonnte
ne les a runis mais une simple et cordiale camaraderie. Elle s'est
blottie, se sentant si faible, contre ce colosse, par vanit un peu,
pour tre vue auprs d'un beau gars dont l'uniforme dcoratif fait
ressortir encore les avantages physiques; pour n'tre pas seule dans la
rue, expose aux rudesses des foules... ou simplement pour tromper
l'ennui du dimanche londonien, si vide... Et pourquoi ne seraient-ils
pas deux fiancs, tout simplement?



[Illustration: lve de l'cole navale.]

[Illustration: Enseigne de vaisseau.]

[Illustration: Lieutenant de vaisseau.]

_Photographies du prince Charles  trois tapes de sa carrire
d'officier de la marine danoise._

LE ROI DE NORVGE DE DEMAIN

Aprs-demain, dimanche, les cloches sonneront sur la campagne
norvgienne dj blanche de neige et, de Christiania  Narvick, les
pcheurs des fiords et les paysans de l'intrieur iront, au sortir de
l'glise, dposer leur vote en faveur du prince Charles de Danemark,
candidat au trne, ou contre lui. Ce plbiscite n'aura sans doute pas
l'tonnante unanimit de celui du 13 aot dernier o 368.200 Norvgiens
ratifirent le divorce d'avec la Sude et 184 seulement furent d'avis
que l'ancienne union valait mieux.

Depuis le 7 juin, jour o M. Michelsen, prsident du Conseil, dclara
devant le Storthing que le roi Oscar avait cess de rgner comme roi de
Norvge, l'opposition radicale s'est donn la tche d'imposer une
tournure rpublicaine  une rvolution qui n'avait t que nationale. Si
les efforts des dmocrates ont t vains, il n'en est pas moins certain
que leur propagande a port quelques fruits et qu'au plbiscite
d'aprs-demain les partisans de la rpublique seront plus de 184! Mais
nul ne doute du succs de la candidature du prince Charles.

Il est donc temps de parler du nouveau roi. Comme les peuples heureux,
il n'a pas d'histoire. Ce cadet de famille n'esprait certes pas ceindre
de sitt la couronne. La sant robuste du vieux roi Christian, de
l'hritier du trne et du fils an de ce dernier laissait peu de chance
au jeune prince Charles de jamais rgner sur les Danois. N le 3 aot
1872 au chteau de Charlottenlund, il fut destin par ses parents  la
carrire navale et passa avec succs, en 1887, ses examens d'aspirant.
Successivement enseigne, lieutenant en second, premier lieutenant et
capitaine de frgate, grade qu'il obtint en septembre dernier, on peut
dire que sa vie entire fut strictement consacre  la marine et qu'il
quittera le gouvernail et le compas pour prendre le sceptre et la
couronne sans avoir jamais fait de politique ou de diplomatie. Il est
donc fort difficile de dire quelles sont ses capacits gouvernementales.

On sait cependant que son intelligence ouverte avait fait de lui le
favori du tsar Alexandre III, qui se plaisait, au cours de ses sjours 
Copenhague,  causer longuement avec le jeune lieutenant de vaisseau
alors g d'une vingtaine d'annes. Le prince Charles aurait mme obtenu
de son oncle bien des choses que des ministres n'eussent pas pu dcider
le tsar  contresigner. L'impratrice douairire de Russie a conserv 
son neveu l'affection que lui portait son mari.

Le prince est non moins aim  la cour d'Angleterre. Son mariage avec la
fille du roi, la princesse Maud, qui eut lieu  Buckingham Palace le 22
juillet 1896, l'attira davantage dans ce pays pour lequel il avait une
prdilection particulire.

[Illustration: Le jeune prince Alexandre, fils du prince Charles. _Phot.
Juncker Jensen._]

Le prince Charles et sa femme ont des gots modestes, dtestent les
crmonies et les ftes, et prfrent s'entourer d'artistes, de
littrateurs et de musiciens. Le prince est lui-mme excellent pianiste
et bon peintre, et la princesse Maud est auteur dramatique sous le
pseudonyme de Graham Irving. Tous deux sont des polyglottes fort
distingus, parlant avec une gale facilit le franais, l'anglais, le
russe, l'allemand, le norvgien, le sudois--et naturellement le danois.
Ils se trouveront,  Christiania, en pays de connaissance, car ils
connaissent  merveille les oeuvres d'Ibsen, de Bjoernstjerne Bjoernson,
Jonas Lee et autres crivains norvgiens.

[Illustration: Le chteau de Charlottenlund, o naquit le prince
Charles.]

La princesse Maud ressemble physiquement  sa mre, la reine Alexandra;
elle a la taille fine et la physionomie toujours jeune et distingue de
l'impratrice des Indes. L'archevque de Canterbury, qui maria le jeune
couple, crivait dans son journal le 22 juillet 1896: Mari
aujourd'hui la princesse Maud au prince Charles de Danemark. Sa
splendeur est aussi jeune qu'au jour de sa premire communion. Lui est
un marin lgant et lanc. J'espre qu'il la rendra heureuse.

De cette union est n un fils, le jeune prince Alexandre, actuellement
g de deux ans et demi. Il devient l'espoir de la dynastie future.

On a racont bien des choses inexactes sur la candidature danoise, on a
parl d'une opposition du ct de la Sude, du got modr de la
princesse Maud pour la couronne que seuls les conseils svres de son
pre auraient pu vaincre.

La vrit est tout autre. Ds le lendemain de la rvolution,
l'explorateur Nansen et le baron de Wedel-Jarlsberg s'taient rendus 
Copenhague pour offrir la couronne au prince Charles. Les ngociateurs
norvgiens reurent le meilleur accueil et il fut entendu que, si le roi
Oscar renonait  l'offre que lui avait faite le Storthing norvgien de
la couronne pour un de ses fils, le prince Charles accepterait.

Il y eut change de correspondance entre le prince hritier de Danemark
et son beau-frre, le prince hritier de Sude. Ce dernier vint mme 
Copenhague au dbut du mois d'aot. Tout se passa donc fort
courtoisement entre les deux familles de Sude et de Danemark et le
prince Charles de Danemark montera sur le trne de Norvge avec le plein
consentement du gouvernement sudois.

Le fait est important en ceci qu'il assure des relations cordiales entre
le nouveau souverain et la cour de Stockholm, ce qui permet d'esprer
une paix durable et bienfaisante en Scandinavie.



[Illustration: A ODESSA.--Barricade dans la rue Niejinskaa: tramways
renverss, caisses, charrettes, fils de fer, grillages, etc.]

[Illustration: Un tudiant bless dans une bagarre est conduit 
l'hpital, le 31 octobre, aux cris de: Vive la libert!]

LES VNEMENTS DE RUSSIE

La grve monstre des chemins de fer russes nous a empchs de recevoir
jusqu' prsent des photographies de Moscou, de la Finlande et de la
Pologne. Notre correspondant de Saint-Ptersbourg a russi cependant 
nous faire parvenir les beaux documents de nos pages 310, 311 et 312.

[Illustration: A ODESSA.--La rue Alexandrovskaa o les rvolutionnaires
ont arrach les grilles pour s'en faire des armes.]

D'un aspect plus mouvement encore sont les photographies d'Odessa
reproduites ici. Notre correspondant a pris ces instantans au milieu
mme de l'meute sanglante dont le tlgraphe nous a apport les chos.
On constate, en les regardant, combien une grande ville en pleine
rvolution a un aspect diffrent de celui qu'on serait tent de
supposer. Entre les bagarres, les collisions sanglantes, les heures de
pillage et de tuerie, la vie poursuit quand mme son cours. Ds qu'on ne
se bat plus autour d'une barricade, des gens paisibles, des femmes, s'en
approchent sans trop d'effroi. Autour d'un rvolutionnaire bless, que
l'on conduit de l'ambulance  l'hpital, des galopins courent
insouciants. Pourtant la page ci-contre est sinistre. Le correspondant
de _l' Illustration_, qui a pris cette photographie, avait assist, le 2
novembre, au meurtre  coups de crosse d'un tudiant par des soldats,
sur un trottoir devant une boutique de tabac (close comme tous les
magasins ce jour-l), et en face d'un poste de police. L'motion le
troubla et il manqua le clich qui et fix cette scne de sauvagerie.
Mais, un instant aprs, rest seul en prsence du cadavre, avant d'aller
chercher une voiture pour le faire enlever, il fit la photographie que
nous publions et qui est si simplement tragique: un corps tendu, du
sang sur les pavs, un passant qui regarde... sans s'approcher.

Aprs les excs rvolutionnaires et policiers, des excs
contre-rvolutionnaires non moins graves se sont produits  Odessa comme
dans tout le reste de la Russie: l'instantan ci-dessous montre une
troupe de ces manifestants qui opposent le drapeau national au drapeau
rouge, mais qui sont dans la lutte les plus froces peut-tre.

[Illustration: LA CONTRE-RVOLUTION A ODESSA.--Les ractionnaires,
portant le drapeau tricolore national et un portrait du tsar, vont
attaquer les rvolutionnaires et les juifs.]

[Illustration: LES MASSACRES EN RUSSIE: DANS UNE RUE D'ODESSA, LE 2
NOVEMBRE _Photographie de notre correspondant particulier.--Voir
l'article ci-contre._]

LES MANIFESTATIONS A SAINT-PTERSBOURG: UNE PROCESSION D'TUDIANTS ET
D'TUDIANTES

Photographie de notre correspondant C.-O. Bulla.

[Illustration: LA JOURNE DU MANIFESTE IMPRIAL (31 OCTOBRE) A
SAINT-PTERSBOURG: LES DRAPEAUX ROUGES A L'UNIVERSIT.

Le tsar, cdant au mouvement rvolutionnaire qui s'accentuait en Russie,
a sign dans la soire du 30 octobre, un manifeste accordant des
liberts et des droits au peuple russe. La journe du lendemain, o fut
publi ce manifeste, fut marque, dans toute la Russie, par des
manifestations tumultueuses qui se centralisrent,  Saint-Ptersbourg,
autour de l'Universit impriale: les dlgus du parti socialiste
ouvrier et les dlgus des tudiants arborrent des drapeaux rouges au
balcon de ce monument et harangurent la foule, tandis qu'au-dessus du
fronton on apercevait un tudiant fixant  la croix une bannire
rouge.--_Photographie de notre correspondant C.-O. Bulla._]



[Illustration: MISS ALICE ROOSEVELT EN CHINE.--Sa rception  la gare
de Pking.--_Photographie h. Martin._]

Miss Alice Roosevelt vient, on le sait, d'accomplir un sensationnel
voyage en Extrme-Orient,--n'est-ce pas plutt l'Extrme-Occident en se
plaant au point de vue amricain?--Lorsque, il y a quelques mois, elle
demanda la faveur de partir avec M. Taft, ministre de la Guerre, allant,
 la tte d'une commission d'enqute, inspecter les Philippines, cette
fantaisie ne fut pas pour tonner ceux qui connaissent bien la fille
ane du prsident des tats-Unis. Dans tout l'clat de ses vingt ans,
d'une vive intelligence, d'un temprament actif, d'un caractre
indpendant et primesautier, passionne _sportswoman_, curieuse de
nouveaut et ne dtestant pas la reprsentation, elle ralise le type
achev de la jeune fille amricaine. Donc, miss Roosevelt accompagna la
mission,  titre bnvole, mettant parmi les uniformes l'aimable
contraste de son costume fminin, prenant sa part des rceptions, des
ftes et des honneurs officiels, bnficiant du prestige de son illustre
pre, sans prjudice des sympathies conquises par sa bonne grce enjoue
et ses faons bon garon. Aprs les Philippines, l'intrpide
voyageuse, en dehors du programme primitif, voulut encore visiter le
Japon, la Core, la Chine, o l'attendait le mme accueil. Le 12
septembre, elle arrivait  Pking par train spcial, accompagne d'une
suite nombreuse. A la descente du wagon, elle fut reue par MM.
Rockhill, ministre des tats-Unis; Ou-Ting-Fang, ministre des Voies et
Communications; Lien-Eang, membre du Wa Wou Pou et, durant les trois
jours qu'elle passa dans la capitale chinoise, elle devait tre traite
avec une particulire distinction par l'impratrice douairire et
l'empereur, auxquels elle fut prsente.



LES LIVRES ET LES CRIVAINS

UN LIVRE DE DBUT DE MME MARCELLE TINAYRE: "AVANT L'AMOUR".

La maison Calmann-Lvy nous prsente comme une nouveaut: _Avant
l'amour_ (Calmann-Lvy, 3 fr. 50), de Mme Marcelle Tinayre. Ce sont, en
effet, les premires pages qu'a crites la jeune romancire,  une date
o elle cherchait un diteur et o peut-tre, tout  fait inconnue, elle
se laissait aller  tout son temprament. _La Maison du pch_ l'a mise
en vedette; elle tient depuis lors, parmi les romanciers et les
crivains, un rang fort lev et fort mrit. A-t-on voulu exploiter sa
rputation en tirant de l'ombre des pages qui n'taient pas parvenues au
grand public? Ou bien est-ce un service que l'on a rendu aux lettres
par cette sorte d'exhumation d'_Avant l'amour_? Ce qui charmait dans _la
Maison du pch_, c'est qu'elle n'entrait pas dans un genre particulier;
ce n'tait pas, malgr de fines analyses de la passion, un roman
purement psychologique; bien que l'auteur nous y montrt la lutte de
l'amour et de la foi, ce n'tait pas non plus une histoire simplement
philosophique; malgr les scnes vivantes, on n'avait pas davantage la
dsillusion de se trouver en pleines aventures romanesques. Avec
beaucoup d'art, l'auteur avait parfaitement combin psychologie,
philosophie et imaginations. Mais ce qui dominait, ce qui couvrait le
tout et lui donnait sa beaut, c'tait le paysage, c'tait l'tonnante
et prcise posie. Jamais on n'avait ainsi senti, vu de prs et rendu le
coin de l'Ile-de-France qui comprend Montfort, l'Amaury, Gros-Rouvre,
Galluis, Saint-Lger avec ses tangs et sa fort. Au fond, Mme Tinayre,
dans _la Maison du pch_, a parfaitement justifi ce que je n'ai cess
de rpter depuis que je tiens la plume de critique: le roman vaut par
la posie; on n'est pas un grand romancier si l'on n'est un grand
pote.

C'est par la posie encore que se distingue _Avant l'amour_, oeuvre
perdue que nous sommes si heureux de retrouver. Dans les morceaux les
plus tudis, l o l'auteur semble s'attacher  dtailler l'me de son
hrone, erre encore comme un parfum de bois et de prs, on entend de
jolis et doux bruits de sources. Et cependant, cela n'a pas empch Mme
Tinayre de mettre l une pret singulire, quelque chose de plus serr
peut-tre et de plus raliste que dans ses autres romans. Ce qu'elle a
reprsent, c'est la jeune fille, fort bien leve, d'une instruction et
d'une ducation suprieures, mais sans fortune. Au dsavantage de la
pauvret s'unit celui d'une naissance irrgulire. Sa mre morte,
Marianne a t recueillie dans la famille de son parrain, et, des landes
bretonnes, transplante dans un milieu parisien de petits bourgeois.

Dans une pareille situation, qu'est-ce que Marianne fera de son coeur?
Autour d'elle, ses jeunes amies se marient; pourra-t-elle jamais comme
elles avoir une famille et un foyer? Et cependant, elle est d'autant
plus dvore par le besoin d'tre aime qu'elle se sent plus abandonne
dans la maison mme qu'elle habite. La femme de son parrain, Mme
Gannerault, a un fils qu'elle entoure de soins, dont elle caresse
jusqu'aux vices et qui absorbe toute sa tendresse. Qui donc s'apercevra
que Marianne est l, que ses dix-sept ans fleurissent dans ses yeux et
sur ses joues et qu'elle a toute la grce d'avril? La lecture des potes
et des romanciers s'est jointe  l'instinct pour lui rvler l'amour et
lui faire dsirer l'apparition relle de l'inconnu dont elle a entrevu
le fantme dans ses songes. Comme Mme Tinayre a bien dcrit ces premiers
pressentiments et ces premiers rves de la jeune fille qui prend
conscience d'elle-mme!

Marianne souffre trangement parce qu'elle sait,  cette heure
singulire, et que sa marraine lui rpte qu'elle n'est pas dans les
conditions sociales requises pour inspirer le sentiment qui conduit au
mariage.

Pourtant, au milieu de ces jeunes filles qui vont  l'autel en robe
blanche, dans ces printemps parisiens pleins de joie, o les couleurs
claires jettent du plaisir dans toutes les rues, o les gros bourgeons
des marronniers clatent dans les avenues en feuilles et en fleurs, elle
veut vivre et s'panouir, comme tous les tres. Un soir, ses yeux
rencontrent ceux d'un jeune musicien qui semble s'mouvoir en sa
prsence et qui prouve rellement pour elle je ne sais quoi de
particulirement tendre. C'est le premier qui la trouve jolie, qui le
lui dit et qui lui murmure les mots attendus. Elle en conclut,
l'innocente! qu'il va l'pouser. Mais, au moment de s'expliquer, il
disparat. Eternellement elle gardera au coeur le souvenir du jeune
maestro et la blessure qu'il lui a faite. Un homme, us par les ans et
par les vices, d'une fortune considrable, d'un beau nom, la poursuit de
ses assiduits. Aprs l'avoir conduit, peut-tre finira-t-elle par se
rsigner et par consentir  l'union lgale. Mais ce n'est pas cela
prcisment que dsire M. de Montauzat. Orpheline, sans tat civil
normal, sans fortune, elle a beau tre ravissante, d'une intelligence et
d'une dlicatesse morale fort exquises, personne ne veut lui donner le
bonheur dans le mariage.

Cette hypocrisie de la socit et des hommes, ces lchets, ces calculs,
l'irritent profondment et l'incitent  la rvolte. N'aimera-t-elle pas
en dehors des lois conventionnelles? Tiendra-t-elle ternellement une
lourde pierre sur son coeur pour en comprimer les battements? Maxime, le
fils de M. et Mme Gannerault, revient d'un long voyage. Quelle surprise!
Celle qu'il a laisse enfant s'est dveloppe en une belle jeune
fille. A travers les bois et les prs, dans ce paysage ondul de
Galluis, ils se promnent, lui passionnment pris de Marianne. Mais
elle ne l'aime pas, bien que souvent, amollie par les conversations, par
la solitude  deux, par le charme de la campagne, elle ne se refuse pas
compltement  certaines privauts. Si Mme Tinayre l'et faite plus
svre, elle l'et faite moins relle. Pour qu'elle se dcide  aimer
Maxime, dur, arriviste forcen, il faut qu'elle y soit entrane par la
compassion. Combien souvent, en effet, la passion de la femme est
allume par sa piti! Malheureux, rejet du monde, accabl sous ses
fautes, Maxime trouve le refuge suprme et l'espoir dans le coeur de
Marianne.

Nulle part, en aucun livre, la jeune fille n'avait t ainsi analyse
dans ses dsirs, dans ses faiblesses, dans toute sa sensible et subtile
psychologie. Ce n'est pas prcisment une sainte, inaccessible  la
passion, que Marianne. C'est une jeune fille fragile et noble en mme
temps, c'est une femme qui peut avoir ses passagres dfaillances et qui
nous fournit un beau type d'humanit.

Au risque de rencontrer des contradicteurs, j'avouerai ma prdilection,
parmi les livres de Mme Tinayre, pour _Avant l'amour_. Il est d'une
trame ferme; il a cette qualit si rare  rencontrer dans les romans
modernes: l'unit. Ordinairement, on accumule les personnages; on
supple  la profondeur par l'tendue. Ici, il n'y a gure qu'une
personne, mais qui nous est montre dans les moindres replis de son me.
Comment ne pas s'merveiller pareillement de ce style, potique avec
got, loquent mme sans dclamation, par sans affterie! Mme Tinayre
ressemble  ces paysages dans lesquels elle se complat, aux paysages de
l'Ile-de-France; elle vous laisse des impressions de doux soleils, de
forts qui reoivent  travers leurs arbres une lumire tamise, mesure
et fine.

E. LEDRAIN.



VIENNENT DE PARATRE _Varits littraires et scientifiques._ Aprs
l'_Art potique_, de Boileau; _le Petit Trait de posie franaise_, de
Thodore de Banville; _les Rflexions sur l'art des vers_, de
Sully-Prudhomme, l'excellent pote Auguste Dorehain ne craint pas de
publier,  son tour, un livre intitul _l'Art des vers_ (Bibliothque
des Annales politiques et littraires, 3 fr. 50). Est-ce tmrit de sa
part? Nullement. En pareille matire, comme en bien d'autres, il est
toujours permis, il est parfois bon, de reviser, coordonner ou mettre au
point pour ses contemporains les rgles et les prceptes formuls par
les devanciers; il peut tre utile d'apporter au fonds acquis des
contributions nouvelles. L'auteur de la _Jeunesse pensive_ et de
_Conte d'avril_ a donc eu raison de le faire, d'autant plus qu'il l'a
fait avec autant d'originalit que de conscience et de science.

Un code complet des lois qui rgissent le Parnasse. un trait de
versification, une grammaire  l'usage des disciples d'Apollon, un
recueil d'exemples judicieusement choisis, prcieux  consulter, son
livre est tout cela, et pourtant, malgr son caractre didactique, son
apparence de rudiment classique, coup mthodiquement en divisions et
subdivisions, il n'est point d'un pdagogue; il suffit de se pencher
dessus un peu attentivement pour y reconnatre l'oeuvre d'un lettr, d'un
crivain, d'un pote de la bonne cole, ardemment pris de l'art qu'il
se plat  enseigner sous une forme claire sans scheresse et prcise
sans rigidit. Le chemin que nous aurons  suivre sera quelquefois
aride; mais vous savez,  prsent,  quels jardins enchants il peut
nous conduire: partons. C'est en ces termes qu'Auguste Dorehain
encourage le lecteur,  la fin d'un de ses chapitres introductifs. On
part, on continue, et c'est  peine si l'on s'aperoit  et l de
l'aridit du chemin, tant le guide sait distraire et charmer le voyageur
par sa suite de causeries o abondent les penses leves et dlicates,
les aperus ingnieux, les jugements critiques d'un sens droit et d'un
got sr, souvent assaisonns d'une fine pointe d'esprit. Aussi,
quiconque aime simplement les vers, mme n'et-il aucun dessein de s'y
exercer et ne ft-il pas marqu au front du signe des lus,
trouvera-t-il plaisir et profit  la lecture de ces agrables et
substantielles leons.

Dans un livre de souvenirs, _les Derniers Jours de la bohme_
(Calmann-Lvy, 3 fr. 50). M. Philibert Audebrand nous convie  une
promenade d'art dans les endroits oublis o les amis de Murger fumaient
des pipes en attendant la gloire. C'est une flnerie dans ce pass,
tumultueux et sduisant, qui fut comme l'adolescence littraire du
dernier sicle. L'itinraire est curieux. Le cicerone a de l'esprit; il
sait et nous dit sur tous des anecdotes prcieuses, attendries ou
picaresques, toujours aimables. Son livre est charmant.

Les animaux pensent. Ils observent, ils jugent, ils parlent quelquefois.
_Dans le monde des animaux_ (Paulin, 5 fr.). M. Labadie-Lagrave nous
conte, avec humour, diverses scnes de la vie intellectuelle et morale
des btes. Les aventures que nous rvle l'auteur sont, parat-il,
authentiques. Et ce fait n'est pas pour diminuer l'intrt du roman
d'un cerf qui n'avait qu'une corne, du duel entre deux livres,
des espigleries d'un hrisson et des colres d'un crocodile
ennuy par des singes.

On ne doit plus ignorer l'origine, la valeur, les applications
principales de certaines dcouvertes rcentes (radium, tlgraphie sans
fil, etc.). qui ont fait un si grand bruit dans le monde. _Les
Actualits scientifiques_ (Schleicher. 3 fr. 50) sont une runion de
chroniques vulgarisatrices, publies en 1905 par M. Max de Nansouty et
dont la lecture facile permettra aux profanes--le grand nombre--de
parler, sans dire de sottises, de choses qu'ils ne connaissent pas.

_Thtre._

La fine comdie d'Alfred Capus, _Monsieur Pigois_, que reprsenta le
thtre de la Renaissance et que publia _L'Illustration_, vient de
paratre en librairie (Fasquelle, 3 fr 50) sous une lgante forme.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE NOUVEAU LORD-MAIRE DE LONDRES.

Sir Walter Vaughan Morgan, le nouveau lord-maire lu rcemment par la
corporation de la Cit de Londres, est un notable ngociant, g de
soixante-quatorze ans. N en 1831, au pays de Galles, il fut, en 1855,
un des fondateurs de la grande maison de banque et de commerce 
laquelle ses frres et lui ont attach leur nom; il appartient au parti
libral unioniste, possde un grade lev dans la franc-maonnerie et
dirige une importante socit de publications ditant plusieurs journaux
spciaux, entre autres _le Chimiste et Droguiste, le Quincaillier_.
tant clibataire, sir Walter Vaughan Morgan a confi  sa nice, miss
Hornby Steer, le soin de faire les honneurs de Mansion house comme
lady-mayoress.

[Illustration: Sir Walter Vaughan Morgan, le nouveau lord-maire de
Londres.]

Il a t procd  l'lection le 29 septembre, jour de la Saint-Michel;
mais c'est seulement  la date initiale de l'anne civique, le 9
novembre, que, suivant la coutume, a eu lieu l'installation solennelle
du nouveau magistrat, qui a parcouru la Cit, revtu de son costume
d'apparat et accompagn d'un nombreux cortge. On a maintes fois dcrit
(voir notamment _L'Illustration_, n du 19 novembre 1904) cette
procession traditionnelle, sa pompe un peu carnavalesque, mais fort
gote du public londonien. Outre les carrosses de gala, les musiques,
le dfil des corporations, la cavalcade plus ou moins historique, elle
comporte, on le sait, une srie de chars allgoriques. L'an dernier, on
y remarquait une imposante _Britannia_, trnant sur le char de l'Empire,
arme d'un trident; cette anne, le numro sensationnel tait une
monumentale effigie de la Rpublique franaise, coiffe du bonnet
phrygien et tenant le drapeau tricolore. Certes, l'aspect de cette
puissante personne veillait de prime abord la souvenir du vers fameux
d'Auguste Barbier:

                        C'est une forte femme...

Sans doute on pouvait critiquer l'esthtique peu idale du Phidias de
circonstance et reprocher quelque vulgarit  la statue de staff sortie
de ses mains; mais, comme il s'agissait videmment d'un tribut courtois
pay  l'entente cordiale, il faut avant tout savoir gr de leur
excellente intention aux organisateurs de la manifestation britannique
et  l'artiste qui s'est charg d'interprter leur pense.

[Illustration: La Rpublique franaise, figurant dans le cortge du
lord-maire.]

L'EXPOSITION DES CHRYSANTHMES.

L'exposition des chrysanthmes, qui a eu lieu ces jours derniers dans
les serres du Cours-la-Reine, fut, comme toujours, fort brillante. Elle
se distinguait peut-tre des prcdentes par une luminosit et un clat
plus grands, rsultant d'une tendance marque  abandonner un peu les
teintes violaces en faveur des pourpres et des cramoisis intenses, des
mauves plus francs et, surtout, des jaunes et des ors, qui prsentaient
des gammes de tons merveilleuses.

Nous avons not, parmi les plus belles nouveauts exhibes pour la
premire fois:

_Opale_, mauve trs lgrement bleu, d'une fracheur remarquable;
_Incandescence_ et _Camille Desmoulins_, vieil or rougetre extrmement
chaud; _Fuse_, grand soleil plat, jaune de chrome clair trs pur;
_Ripart Amort_, panach or et chaudron clair; _Valle d'Aspe_, mauve
trs clair, trs lumineux. A ct de ces varits, toutes du type dit
japonais, il convient de noter: _Bb_, japonais rayonnant, vieux rose;
_Venusson_, type incurv, de forme encore trs imparfaite, mais d'une
teinte jaune vert bien nette, fort diffrente des verts jaune clair
jusqu'alors obtenus, curieuse sinon jolie.

Le succs de bizarrerie a t pour _Tokio_, type japonais mauve clair,
form de deux ombelles superposes, l'ombelle suprieure  ptales
rigs, l'infrieure  ptales inflchis, comme le montre notre gravure:
l'aspect gnral rappelle assez celui de certains abat-jour en papier.

Trois charmantes varits pompon  petite fleur, issues de _Baronne de
Vinels_, violac demi-clair: _Madame Georges Barr_, rose cuivr
intense; _Docteur Georges Barr_, rouge violac fonc; _Madame Andr
Boeuf_, rose et blanc.

Dans les cramoisis, dj aperus, mais trs perfectionns, nous citerons:
_Humphreys_, rayonnant; _Amateur Conseil_, japonais rayonnant;
_Charles Schwarz_, rayonnant; _Papa Voraz_, japonais pompon.

Aux amateurs d'oeillets, nous indiquerons, parmi les varits nouvelles:

_Petit Charles Pierlot_, trs beau blanc; Miss Irne Catlin, fleur en
forme de camlia, carmin trs clair; _Madame Louis Lvque_, marbr
rose carmin trs pur de jaune; _Louis Lvque_, mme fleur moins pure
de jaune. Fait curieux, cette dernire varit a t obtenue
simultanment par deux horticulteurs; elle porte provisoirement deux
noms: _Louis Lvque_ et _Madame Goldschmit_. Notons encore la
perfection croissante du type ardois _Madame Biffard._

Trs joli le cyclamen _Papilio_, amlior par hybridation avec le
cyclamen  grande fleur de Perse. Ses ptales frangs, particulirement
tals, se prsentent avec toutes les nuances de l'espce, notamment
avec des teintes saumon jusqu'ici trop dlaisses et des richesses de
mauve qui donnent  certaines varits l'aspect de petits catleyas.

Le _Clianthis Dampieri_, lgumineuse de serre, ancienne mais peu connue,
amuse par ses fleurs carlates taches d'une grande macule noire,
donnant par leur forme et leur coloris la sensation d'un hanneton
endormi sur une pince de homard.

Enfin, nous ne saurions trop vanter le bgonia _Lotte_, type ligneux
issu de varits anciennes et peu cultives, mais amen  une puissance
de vgtation extraordinaire. Chaque pied atteignait une hauteur de 90
centimtres, toute la ramure disparaissant sous l'abondance de feuilles
lancoles sur lesquelles tombaient d'normes grappes de fleurs roses.
Cette varit, qui supporterait, dit-on, la pleine terre pendant les
ts de Touraine et du midi de la France, semble devoir se prter 
d'admirables effets dcoratifs dans les parcs et les grands jardins.

[Illustration: Le chrysanthme Tokio. Le bgonia Lotte Deux fleurs
remarques  l'exposition de chrysanthmes.]

D'OU VIENT LA FOURRURE DE LA LOUTRE DE MER.

Parmi les fourrures diverses que l'on achte volontiers  la saison o
nous sommes, demandant  la peau des btes une protection contre le
froid que notre peau humaine ne peut nous fournir, celle de la loutre de
mer occupe une place importante. C'est une belle fourrure, fort
apprcie et admire. Au dix-huitime sicle, elle venait du Kamtchatka,
o la loutre de mer tait abondante; mais, en peu d'annes, tous les
individus de la rgion avaient disparu, extermins par l'homme. La
fourrure se fit rare, par consquent. Vers le milieu du dix-huitime
sicle, elle redevint abondante. On avait trouv la loutre de mer aux
les Aloutiennes et dans leurs parages. Aussitt des expditions de
s'organiser; mais l'effet de celles-ci ne se fit pas attendre:
bientt, vers 1774, on ne put se procurer que quelques centaines de
peaux par an. Mais, peu aprs, l'Alaska rvlait ses trsors de
pelleterie et,  la fin du dix-huitime sicle, on pouvait se procurer
jusqu' 120.000 peaux de loutre de mer par an. Mais tout a une fin, mme
une espce animale que l'on massacre avec frocit et, en 1804, on tait
content quand on avait obtenu 15.000 peaux. Quelques annes plus tard,
quand la Russie cda l'Alaska aux tats-Unis, cette rgion n'en
fournissait que 700 par an. Les Amricains essayrent un peu d'arrter
l'extermination et, de 1867  1880, l'Alaska exporta prs de 53.000
peaux de loutre; mais, en 1901, la production tombait  406. Il n'y a
pas  s'en tonner. La chasse  la loutre de mer est ouverte toute
l'anne, sauf un seul jour. Il est vident que l'espce va disparatre
prochainement. Le meilleur terrain de chasse au Kamtchatka ne fournit
que 12 ou 14 peaux par an, et l'on se demande comment la peau de loutre
de mer peut tre encore relativement abondante dans le commerce des
fourrures. Sur quelles btes ont pris naissance tant de pelleteries
inexactement baptises loutre de mer?

LE MOUVEMENT SYNDICAL

Au 1er janvier 1905, il existait en France, en Algrie,  la Guadeloupe
et  la Martinique, 10.987 syndicats professionnels, comptant 1.719.196
membres, dont 1 million 627.374 hommes et 92.722 femmes. Notons que la
population active masculine ne compte gure que 10  11 millions
d'individus.

Dans ce total, les divers syndicats sont reprsents comme suit:

Membres

Syndicats patronaux   3.102 252.036
          ouvriers    4.625 781.344
          Mixtes        144 025.863
          Agricoles   3.116 659.953

A remarquer le nombre restreint des syndicats mixtes (patrons et
ouvriers).

Ce sont les syndicats patronaux qui ont le plus augment depuis la loi
de 1884.

Fait inattendu, c'est le groupe des professions librales, mdecins,
pharmaciens, etc., qui compte, proportionnellement, le plus grand nombre
de patrons syndiqus: 391 syndicats, avec 28.323 membres, y reprsentent
78,6%, plus des trois quarts de la population classe dans cette
catgorie. Viennent ensuite l'industrie des mines, les papiers et
industries polygraphiques, les produits chimiques, etc.

La classe la plus nombreuse, l'alimentation, compte 1.042 syndicats avec
103.495 membres, plus du tiers des syndicats patronaux et plus de 40% de
leurs adhrents. Ce n'est pourtant que 24% du nombre total des patrons
de la profession.

L'ensemble des adhrents des syndicats ouvriers ne forme pas la moiti
de l'ensemble des syndiqus de France.

Dans les mines, 71 syndicats ouvriers ont 79.277 adhrents, soit 51 pour
100 mineurs. Dans les produits chimiques, o le mouvement syndical est
le plus puissant aprs les mines, il n'y a que 25% des travailleurs qui
font partie des syndicats. Le travail des mtaux possde 558 syndicats
avec 15,5% des ouvriers de cette catgorie.

Viennent ensuite les transports, les industries textiles, les industries
du bois et de l'ameublement, etc., et, tout au dernier rang, les
travailleurs du groupe soins personnels et domestiques, qui n'ont que
1,34% de syndiqus, et ceux de l'agriculture, 1,32%.

Les syndicats ont cr nombre d'institutions utiles: 961 ont des
offices de placement, 1.059 des bibliothques, 816 des caisses de
secours mutuels, 690 des caisses de chmage, 652 des caisses de secours
de route, 348 des cours et coles professionnels.

LES TREMBLEMENTS DE TERRE DANS LES PYRNES.

Les petits tremblements de terre sont extrmement frquents, presque
autant, voire davantage, en certaines contres, que les jours d'orage ou
les jours de pluie. Dans un fascicule des _Annales du Bureau central
mtorologique de France_, communiqu rcemment par M. Mascart 
l'Acadmie des sciences, M. Marchand, directeur des observatoires de
Bagnres-de-Bigorre et du pic du Midi, a dress le catalogue de tous les
mouvements du sol qui se sont produits dans cette rgion de 1896  1902.

En 1896, 75 jours; en 1897, 98 jours; en 1898, 19 jours; en 1900, 9
jours; en 1901, 30 jours; en 1902, 81 jours; on a constat des
mouvements qui se sont rpts parfois le mme jour  plusieurs heures
d'intervalle. Secousses et trpidations, parfois accompagnes de rumeurs
souterraines, ont t, en gnral, trs faibles. Un certain nombre,
d'amplitude suprieure  l/10e de millimtre, ont t enregistres par
le sismographe; celles d'une amplitude infrieure, ne pouvant
impressionner les instruments imparfaits dont disposait alors
l'observatoire, ont t observes directement.

D'aprs des expriences prcises de M. Marchand, l'amplitude minima des
vibrations verticales que tout le monde peroit, sans
tre--pralablement averti par un bruit, et  condition d'tre au repos,
est comprise entre 15/10e et 20/10e de millimtre. Quand il y a bruit,
la population de la contre agite peut percevoir des trpidations
infrieures  l/20e de millimtre, c'est--dire moindres que le
frmissement produit par le passage d'une voiture.

La concordance, dans cette rgion, entre la frquence des tremblements
et la quantit d'eau qui s'infiltre dans le sol fait supposer qu'ils
dpendent de l'affaissement souterrain des masses de roche plus que de
toute autre cause. Aussi se produisent-ils de prfrence en juillet.

LA LUNE ET LA VGTATION.

C'est une opinion trs rpandue que les phases de la lune ont une
influence sur la vgtation, et beaucoup de personnes tendent mme
cette influence jusqu' la vgtation animale--s'il est permis de
runir ces deux mots--soutenant que la croissance des cheveux et des
ongles est plus ou moins active selon le moment de la lune auquel ils
ont t coups.

En ralit, de telles croyances, qui n'ont rien en soi d'absurde,
relvent de la mthode exprimentale et dj plusieurs expriences,
croyons-nous, ont t faites sur ce sujet.

En voici de rcentes, dues  M. C. Flammarion. A sa station de
climatologie agricole de Juvisy, M. Camille Flammarion a fait des semis
de pois, de betteraves, de carottes, d'oignons, de pommes de terre, de
romaines, de choux, de laitues et de radis,  des dates correspondant
aux diverses phases de la lune, et il a constat et dment enregistr...
qu'il tait absolument impossible de rien conclure sur l'influence de
ces phases.

Ce qui n'empchera pas sans doute bien des personnes de continuer  y
croire.

A PROPOS DU RUBIS RECONSTITU.

Nous avons reu la lettre suivante:

Monsieur le directeur,

Dans votre numro du 28 octobre 1905,  la page 287, je lis l'entrefilet
suivant: Rappelons,  ce propos, que le rubis artificiel, ou rubis
reconstitu, aussi beau que le vrai, si abondant aujourd'hui chez
les joailliers parisiens, est obtenu simplement en fondant de la
poussire de rubis naturel. Il n'y a donc aucune comparaison  tablir
entre cette industrie et le problme de la transformation d'un pain de
sucre en rivire de diamant.

Je ne puis laisser passer, sans protester, la phrase dans laquelle vous
dites: ... Le rubis reconstitu... si abondant aujourd'hui chez les
joailliers parisiens...

En effet, le public serait tent de croire que, contrairement  la
ralit des faits, les joailliers parisiens ont dans leur stock une
quantit de rubis reconstitus.

C'est le contraire qui existe. Les joailliers parisiens considrent, 
juste raison, le rubis reconstitu, non comme une pierre naturelle, mais
comme un simple produit artificiel, dpourvu de toute grande valeur.

Veuillez agrer... etc. _Le prsident de la Chambre syndicale de la
bijouterie, joaillerie, orfvrerie de Paris,_ LON AUCOC.



NOTRE SUPPLMENT MUSICAL

Le supplment musical de l'_Illustration_ est consacr aujourd'hui 
_Miarka_, le beau drame lyrique de M. Jean Richepin, musique de M.
Alexandre Georges, qui a t acclam cette semaine  l'Opra-Comique.

Les fervents de musique classique ont salu avec plaisir dans cette
_Miarka_ les deux hymnes que nous publions prcisment dans ce numro.
Ces belles pages taient pour eux des connaissances qui datent de
novembre 1896. C'est en effet  une des sances du Concert Lamoureux, au
Cirque d't, que Mme Jenny Passama cra, au milieu d'applaudissements
unanimes et pour l'auteur et pour l'interprte, _l'Hymne  la Rivire_
et _l'Hymne au Soleil_, qui, depuis, ont t intercals dans le drame
lyrique de M. Alexandre Georges et en sont les plus purs joyaux.

Ces deux airs se chantent l'un  la suite de l'autre,  la fin du premier
tableau, qui est le prologue de _Miarka_. Ils sont le baptme de la
petite Miarka que sa grand'mre, la Vougne, une bohmienne qui dtient
les secrets et les rythmes de la tribu, prsente d'abord  l'eau, o
elle la trempe, puis au soleil pour la scher.

_L'Hymne  la Rivire_ est comme une incantation solennelle, hiratique;
l'orchestration en semble enveloppe de mystre et d'motion
pntrante.

_L'Hymne au Soleil_ est, au contraire, vibrant, clatant. C'est de la
musique qui se grise pour ainsi dire de lumire. C'est une invocation
d'un lyrisme enfivr. Mme Hglon a fait ressortir en grande artiste le
contraste voulu par l'auteur entre ces deux pages de coloration si
varie. L. S.

[Illustrations: Mme Marguerite Carr. Mme Hglon. LES DEUX PRINCIPALES
INTERPRTES DE MIARKA  L'OPRA-COMIQUE.--_Phot. Paul Berger_.]



LES THTRES

Nous parlons d'autre part de _Miarka_, le drame extrait par M. Jean
Richepin d'un de ses romans et si heureusement mis en musique par M. A.
Georges. La mise en scne est de toute beaut; on ne saurait trop en
louer la direction de l'Opra-Comique et M. Jusseaume, son trs artiste
dcorateur. Mme Carr, gracieuse et piquante dans le rle de Miarka, et
Mme Hglon, qui a compos avec une puissance relle le rle d'une
vieille bohmienne, chantent avec un art accompli cette musique dont la
grande qualit est d'tre mlodique et pittoresque.

Le thtre de la Renaissance joue actuellement une pice en quatre actes
de M. Jules Lematre: _Bertrade_, crite en un style fin et savoureux
dont nos lecteurs pourront juger, puisque _L'Illustration_ publiera
cette oeuvre _in extenso_ dans un de ses prochains numros. Mlle
Brands, Mme Judic, Darcourt, MM. Guitry, Guy, Arquillire, se sont
fait, dans leurs rles respectifs, chaleureusement applaudir.



LE RETOUR DE M. DROULDE

M. Droulde, venant de Vienne, o, aprs avoir refus le bnfice de la
grce, il attendait le vote de l'amnistie, a fait son entre  Paris,
dimanche 5 novembre. Des manifestations chaleureuses ont marqu le retour
de l'exil: une foule norme avait envahi la cour de la gare de Lyon, vers
2 heures de l'aprs-midi, lorsque, accompagn de M. Marcel Habert, le
prsident de la Ligue des Patriotes monta dans un landau dcouvert, attel
de deux chevaux. A partir de ce moment, il devait cheminer lentement,
jusqu' l'avenue Victor-Hugo, constamment debout et la tte dcouverte, au
milieu d'incessantes ovations.



LA FTE DE LA MUTUALIT

La Fdration nationale de la Mutualit avait organis, dimanche
dernier,  Paris, une grande solennit en l'honneur du prsident de la
Rpublique, le premier mutualiste de France, ainsi qu'il se plat 
se qualifier lui-mme. La crmonie officielle du Trocadro a t suivie
d'un banquet monstre de 50.000 couverts, donn dans la galerie des
Machines, dont l'aspect d'ensemble diffrait peu de celui qu'a reproduit
_L'Illustration_, lors du banquet de 1904, comptant 26.000 convives.
Entre ces deux principaux numros du programme s'est intercale une
petite scne historique assez originale: M. Loubet a procd  la
plantation, prs de la tour Eiffel, ct de l'avenue de Suffren, du
premier arbre de la Mutualit , un jeune orme d'une belle venue. Le
prsident lui a souhait longue vie, en exprimant d'ailleurs la ferme
conviction que, durt-il mille ans, l'institution qu'il symbolise lui
survivra encore.

Le prsident de la Rpublique plantant, au Champ de Mars, l'arbre de la
Mutualit. (On remarque  la gauche de M. Loubet: M. Mabilleau, et
derrire lui,  droite MM. Doumer, Rouvier, Bienvenu-Martin, Etienne,
Ruau, Lourties, Lpine.)

[Illustration: M. Droulde. L'ARRIVE A PARIS DE M. PAUL DROULDE.--A
la gare de Lyon.]



LA COLLECTION CRONIER

FRAGONARD.--Le Billet doux.

_Au lendemain de la mort tragique de M. Ernest Cronier, on apprit que
ce roi des sucres, qui avait possd cent millions et qui, non
seulement venait de les perdre en quelques mois, mais laissait cent
millions de passif, avait trouv, au milieu de sa vie fivreuse de
spculateur, le temps de collectionner passionnment des chefs-d'oeuvre:
tableaux de matres anciens et modernes, meubles du dix-huitime
sicle, porcelaines de Chine, tapisseries admirables. Un dtail montre
bien qu'en s'entourant de ces merveilles il satisfaisait ses gots
autant que son orgueil de nouveau multimillionnaire: il possdait dj
sa belle srie de tapisseries le Beauvais d'aprs les cartons de
Boucher, l'Histoire de Psych, quand il changea de demeure. Hsitant
entre deux htels, il choisit, celui de la rue de Lisbonne, moins vaste
que Vautre, parce qu'il y trouvait des panneaux qui semblaient avoir t
faits exactement pour recevoir ces pices uniques._

_La rafale qui a pass sur cette existence fastueuse a tout balay. La
collection Cronier va tre, dans un mois, disperse aux enchres. Nous
sommes heureux de pouvoir reproduire ici, pendant qu'elles
n'appartiennent qu' une liquidation judiciaire, quelques-unes des
oeuvres capitales qui, aprs quelques journes d'exposition et de vente
publique, trouveront de nouveaux possesseurs pour les soustraire
jalousement  tous les yeux._

_Nous publierons, aprs la vente, dans nos Documents et Informations,
les prix obtenus et les noms des acqureurs._

[Illustration: CHARDIN.--Le Volant.]

[Illustration: WATTEAU.--Le Lorgneur.]

[Illustration: LA TOUR.--Lady comtesse de Coventry.]

[Illustration: LA TOUR.--Portrait du graveur Schmidt.]

[Illustration: FRAGONARD.--La Liseuse.]

[Illustration: DIAZ DE LA PENA.--Le Printemps.]

[Illustration: TROYON.--Vaches  la lisire d'un bois.]

[Illustration: GAINSBOROUGH.--Sir John Campbell.]

[Illustration: REYNOLDS.--Lady Stanhope.]

[Illustration: GAINSBOROUGH.--Mditation.]

[Illustration: LAWRENCE.--Portrait de miss Day.]

[Illustration: ROMNEY.--La Jeune Laitire.]

[Illustration: COROT.--Le Ptre.]

[Illustration: JULES DUPR.--La Mare.]

[Illustration: La Duchesse  la chasse. Dpart de Sancho pour l'Ile de
Barataria. CH. COYPEL.--L'Histoire de Don Quichotte. (Tapisserie des
Gobelins.)]

[Illustration: FRANOIS BOUCHER,--Psych montrant ses joyaux  ses
soeurs. (Tapisserie de Beauvais).--_Photographies Gossin._]



PETITES DFINITIONS, par Henriot.



_NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique entirement gratuits.)_

NOUVELLE CARABINE A AIR

[Illustration: Fig. 1 et 2.--Coupe schmatique de la nouvelle carabine
 air.]

Les amateurs de tir de salon s'intresseront  la nouvelle carabine que
nous dcrivons  nos lecteurs. Cette arme offre la particularit de
contenir plusieurs centaines de plombs et, par suite, de permettre de
tirer autant de fois sans recharge. N'oublions pas toutefois qu'il faut
rarmer  chaque coup puisque la puissance de projection est emprunte,
comme dans les instruments analogues,  la tension d'un ressort dtendu
 chaque tir. La description, bien qu'un peu aride, prsente un certain
intrt en raison de l'originalit du mcanisme. La carabine,
reprsente en coupe longitudinale par la vignette ci-dessous (fig. 1),
se compose d'un piston introduit dans le canon et form d'une rondelle
de cuir A, d'un cylindre lisse B et d'un chariot C, portant
antrieurement des perforations permettant le libre accs de l'air; 
l'intrieur du chariot se trouve un fort ressort  boudin D qui, en
armant, se comprime contre le guidon E, dont la tige se prolonge
infrieurement;  la partie postrieure de ce chariot est adapt un
galet F sur lequel agit un doigt dont est munie la sous-garde-levier G,
pour amener l'extrmit du chariot sur la gchette H, o il est arm.
Sur le devant, le piston est muni d'un petit tube I portant  sa base
deux petites ouvertures J, dans le but de faire pntrer dans ce tube
l'air qui, comprim par le jeu du piston, doit chasser le grain de plomb
qui s'est introduit automatiquement  l'extrmit dudit tube, ainsi
qu'on le verra plus loin. D'autre part, un appendice tubulaire (fig. 2)
est adapt dans le canon de fusil et son extrmit intrieure se visse
dans une rondelle K fixe dans le canon. Les plombs de chasse sont
introduits et emmagasins dans celui-ci par un trou pratiqu vers son
extrmit et que l'on ferme ensuite au moyen d'une lentille que porte la
languette L, en tournant  la main le bouton extrieur M qui ferme le
canon. Ce bouton porte un trou au centre pour le passage du projectile.
Les plombs emmagasins sont conduits, ainsi qu'on le voit, par une
hlice N dans un petit canal  l'extrmit duquel se trouve un trou O o
ils disparaissent successivement chaque fois qu'on arme.

[Illustration: Fig. 3.--La nouvelle carabine  air.]

C'est dans cet appendice, form principalement d'un tube, que
fonctionne, concentriquement, le petit tube lance-projectiles I dont
l'extrmit, quand le fusil est arm, vient dmasquer le trou 0 et
permet l'introduction d'un nouveau plomb.

On comprend aisment le fonctionnement de cet ingnieux fusil, aprs
qu'il a reu sa charge de petits plombs de chasse; premier mouvement,
on arme en tenant le fusil verticalement; deuxime mouvement, on referme
la sous-garde; troisime mouvement, on vise, on presse la dtente et le
plomb part sous la pousse de l'air comprim par le piston et le
ressort.

Cette arme, trs juste, permet de faire mouche six  sept fois sur dix 
prs d'une dizaine de mtres et sa porte est de 25 mtres; elle se
charge avec du plomb numro 0, aussi facile  se procurer en ville qu'
la campagne; elle ne pse gure que 1 kil. 250 et sa longueur est
d'environ 0m,80. Son maniement est enfin trs facile.

Cette carabine peut tre, place sans inconvnient entre les mains des
jeunes filles et des enfants.

Nous devons ajouter qu'elle peut projeter galement des flches; il
suffit pour cela de dvisser la pice reprsente par la figure 2,
d'introduire la flche dans le tube, de revisser, armer et tirer.
Toutefois, cette opration n'tant pas trs rapide, il est prfrable de
se servir uniquement des plombs. On trouve cette carabine au prix de 15
francs franco, avec un sac de munitions, chez _M. Murrison,
reprsentant, 76, rue de Bondy, Paris._


NOUVEAU FLOTTEUR EN CELLULOD POUR LA PCHE A LA LIGNE

Ce flotteur nouveau intresse les pcheurs  la ligne par sa nouveaut
et sa commodit; il permet de prendre le poisson avec une ligne
flottante non tenue  la main bien plus srement que les flotteurs
ordinaires. Il est creux et peut se garnir d'eau en partie.

Lanc au large il se met automatiquement  l'eau dans la position
verticale et y reste jusqu' la biche du poisson. Sur celle-ci il
plonge et s'quilibre par l'eau qu'il prend: il est comme s'il n'tait
pas, pourrait-on dire. Le poisson, dont l'instinct de conservation n'est
pas averti par la traction de bas en liant qu'exercent habituellement
sur ses lvres les flotteurs ordinaires, ne rejette pas l'esche: il
l'avale et se prend de lui-mme.

[Illustration: Le nouveau flotteur.]

Son systme d'attache  la ligne est aussi rapide qu'ingnieux; il
vite le dmontage de la ligne et le passage, toujours ennuyeux, du fil
dans un tube quelconque:

Il suffit pour cela d'enlever le coulant, de faire pivoter la moiti de
la partie infrieure et de glisser le fil dans l'entaille en queue
d'aronde et refermer; puis remettre le coulant. Le flotteur est pris et
ne peut ni glisser ni se perdre. Ce flotteur, appel le Corneville,
se vide automatiquement ds qu'on le tire hors de l'eau.

Pour tous renseignements, s'adresser  _M. Verdeyen, 44, rue du
Faubourg-du-Temple, Paris._







End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre
1905, by Various

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Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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page at http://pglaf.org

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increasing the number of public domain and licensed works that can be
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